On vous dévoile 91 anecdotes que vous ignorez sans doute sur Clint Eastwood, à l’occasion de la sortie de son film “Cry Macho”

Evoquer la carrière de Clint Eastwood, c’est embrasser plus d’un demi-siècle d’histoire du cinéma, des années 1950 au tout récent Cry Macho, sorti mercredi 10 novembre. Vous connaissez forcément ses westerns spaghettis, comme Le Bon, la brute et le truand ou Pour une poignée de dollars, le personnage magnétique de L’Inspecteur Harry, ou ses films crépusculaires, d’Impitoyable à Gran Torino. Voilà pour la légende. Explorons maintenant sa riche carrière par le petit bout de la lorgnette.

1. Avant la célébrité, Clint Eastwood a creusé des trous pour installer des piscines. Le scénariste William Goldman, qui a signé Les Pleins pouvoirs, estime dans le Guardian* que ces débuts difficiles expliquent l’appétit jamais rassasié du cinéaste. “Il creusait encore quand il avait 29 ans. Ce n’était pas un jeune premier comme John Travolta ou Tom Cruise.”

2. Il a été maître-nageur pendant son service militaire* à Fort Ord (Californie), au début des années 1950. Pour arrondir ses fins de mois, il était aussi videur dans le bar voisin.

3. Selon son camarade de régiment Don Loomis, cité dans la biographie non autorisée Clint : The Life and Legend de Patrick McGilligan, il a séduit la fille d’un officier de Fort Ord pour éviter d’être envoyé au front durant la Guerre de Corée.

4. Au début de sa carrière d’acteur, il a pris des cours au sein de l’école du studio Universal. Une pédagogie étonnante pour des souvenirs mitigés. “Les exercices visaient à nous ôter nos inhibitions, raconte-t-il au Guardian*. On devait par exemple jouer des poulets traversant la salle. Mais comment jouer un poulet ?”

5. Il a été viré d’Universal à cause de sa pomme d’Adam. C’est Burt Reynolds, lui aussi sous contrat avec le studio et lui aussi remercié en 1959, qui relate cet épisode à CNN* : “Il a été licencié parce que sa pomme d’Adam était trop visible. Il parlait trop lentement. Et il avait une dent cassée qu’il ne voulait pas soigner”.

6. Clint Eastwood a poussé la chansonnette au début des années 1960. Après une session d’enregistrement, son producteur lui a dit “qu’il ne marcherait jamais comme chanteur”, raconte Patrick McGilligan. Bien vu.

7. Pour ses premiers rôles au cinéma, il n’a pas joué les cowboys. Il a d’abord incarné un pilote de chasse dans le film d’horreur Tarantula (avec une araignée géante bien cheap), en 1955. Puis un technicien de laboratoire taiseux nommé Jennings, la même année, dans La Revanche de la créature.

8. Plus de 65 000 personnes étaient prénommées Clint aux Etats-Unis* en 2014. La popularité du prénom a grandi avec la carrière de l’acteur*, avec une forte croissance entre 1965 et 1980. 

9. Selon un rumeur tenace, il aurait trouvé sa voix de cinéma* en écoutant des enregistrements de Marilyn Monroe et en cherchant à reproduire sa façon de chuchoter en version masculine. Il a fallu un demi-siècle pour qu’il démente dans le magazine Parade* : “Non, je n’ai pas du tout été influencé par Marilyn.”

10. Le Clint Eastwood débutant s’est attiré des comparaisons avec James Dean pour son style “T-shirt et pantalon décontracté”, écrit Patrick McGilligan. Les deux acteurs se sont croisés chez une amie dans les années 1950, mais la “rencontre n’eut rien de fructueux”, selon le biographe. Vautré sur un canapé, “Dean ne se leva pas, mais courba le dos et tendit mollement la main vers le haut pour dire bonjour. Clint, étonné, saisit la main de Dean et tira d’un coup sec pour le faire lever. ‘Bon sang, lève-toi quand je te parle.’ Cette réplique fut suivie de l’un des lents sourires que Clint esquissait quand il plaisantait”.

11. Il a obtenu le premier rôle dans Pour une poignée de dollars, de Sergio Leone, en acceptant un cachet au rabais* pour griller James Coburn (qui voulait 10 000 dollars de plus). Charles Bronson, lui, avait trouvé que le script “était le plus stupide qu’il ait jamais lu”. Bien joué Charles.

12. Dix ans plus tard, un brasseur a offert à Eastwood un million de dollars pour une pub où il n’aurait qu’à rentrer dans un bar avec son costume iconique et commander une bière. Il a dit non… et c’est Coburn, devenu plan B, qui s’y est collé.

13. Il n’a jamais lavé le poncho qu’il porte dans la scène mythique de Pour une poignée de dollars. “Il tomberait en morceaux”, justifie l’acteur*, qui l’a conservé précieusement.

14. Si on le voit souvent un cigarillo au bec dans ses westerns spaghetti, c’est un non-fumeur convaincu quand il n’est pas à l’écran. Ces cigarillos lui donnaient “envie de vomir”*.

15. A son arrivée sur le tournage de Pour une poignée de dollars, en Europe, Clint était “le seul à parler anglais”. “L’équipe ne comprenait que l’italien ou l’espagnol, a-t-il raconté à des étudiants en 2015*. Je ne savais pas dire autre chose que buongiornio et arriverderci… Je me suis dit qu’au moins j’avais l’opportunité de visiter le pays.”

16. Vacherie de Sergio Leone, qui l’a rendu célèbre avec ses westerns iconiques : selon lui, l’acteur n’avait que deux expressions faciales* à l’époque de la Trilogie de l’homme sans nom“celle avec son chapeau et celle sans”. Une aubaine pour le réalisateur italien, qui cherchait un “masque” pour incarner son héros. 

17. Comment définir le style de jeu de Clint Eastwood ? Pour l’acteur britannique Richard Burton*, la star des films de Sergio Leone dégage “une léthargie dynamique” à l’écran. Vous avez quatre heures pour définir exactement ce qu’il a voulu dire. 

Clint Eastwood sur le tournage du film de Sergio Leone "Le Bon, la brute et le truand" en 1968, en Espagne.  (PEA / UNITED ARTISTS / COLLECTION CHRISTOPHEL / AFP)

18. Avant qu’il n’obtienne le rôle de “l’homme sans nom” dans Pour une poignée de dollars, Clint Eastwood n’avait pas grand chose à perdre. Il demeurait un inconnu aux yeux du grand public. “Je jouais dans une série western, Rawhide, et j’avais bien expliqué à ma femme que nous ferions mieux d’économiser notre argent car je ne trouverais jamais de boulot après. Aux Etats-Unis, à l’époque, une fois que vous étiez passé par la télévision, c’était terminé pour vous”, raconte-t-il au Monde.

19. Il a refusé le rôle de l’homme à l’harmonica* dans Il était une fois dans l’Ouest, qui a finalement échu à Charles Bronson. Il a aussi refusé d’apparaître dans le film, avec les autres acteurs vedettes du Bon, la brute et le truand

20. Robert Zemeckis, le réalisateur de Retour vers le Futur III, lui a demandé l’autorisation pour emprunter son nom, utilisé par Marty McFly pendant tout le film. Ce qui a donné cette réplique mémorable* : Partout, tout le monde dira que Clint Eastwood est le pétochard qui a le plus les foies de l’Ouest.”

21. Il a décroché le rôle de l’inspecteur Harry, d’abord proposé à Frank Sinatra, parce que l’interprète de Strangers in the Night “avait un problème à la main et n’arrivait pas à tenir un flingue”. Commentaire d’Eastwood sur MTV* : “Ca me paraît une excuse assez minable”.

22. Le cinéaste n’a jamais de contravention. “Le nombre de fois où le policier me dit : ‘Allez, puisque vous êtes l’inspecteur Harry, on oublie !’ Les policiers gardent beaucoup d’affection pour ce personnage. J’ai de la chance, j’en suis bien conscient”, assure-t-il au Point.

23. Minute statistique : son personnage le plus meurtrier n’est pas l’inspecteur Harry, qui ne dessoude “que” 41 personnes, selon un décompte du Guardian*. Pas plus que Josey Wales hors-la-loi, responsable de la mort de 55 pieds-tendres et autres foies jaunes. C’est son personnage de Morris Schaffer dans Quand les aigles attaquent qui détient la palme, avec 73 nazis envoyés croquer les pissenlits par la racine.

Clint Eastwood incarne Harry Callahan dans le film de Don Siegel "L'Inspecteur Harry", sorti en 1971. (ARCHIVES DU 7EME ART / AFP)

24. Le réalisateur Don Siegel, qui l’a dirigé notamment dans les premiers Inspecteur Harry, ne voyait pas en lui un cowboy mais une stature et un port altier d’empereur romain. Il le surnommait “Clintus”, rappelle Esquire*. Une idée pour les auteurs d’Astérix ? 

25. Alors qu’il n’est encore qu’un acteur en devenir, Eastwood est influencé “par le jeu outré, névrotique et dérangeant de James Cagney dans L’Ennemi public (1931) et L’Enfer est à lui (1949)”, écrit Le Monde. “Je pense que mon personnage iconique de l’inspecteur Harry et, plus tard, tous mes personnages jusqu’au-boutistes, sont les héritiers de cette tradition : des individus déterminés à terminer leur tâche, quels que soient les moyens, sans forcément s’embarrasser de questions éthiques”, détaille l’acteur au quotidien. 

26. Il a fait une fixette sur la célèbre critique du New York Times Pauline Kael. Après un article assassin sur L’Inspecteur ne renonce jamais, l’acteur a fait appel à un psy pour analyser les écrits de la journaliste. Le thérapeute aurait conclu que la critique se vengeait d’Eastwood par dépit amoureux, raconte le New Yorker*

27. Il a refusé le rôle de James Bond* après le départ de Sean Connery, à la fin des années 1960. La raison ? “C’était le truc de Sean.” 

28. Il n’a pas voulu jouer Superman, incarné finalement par Christopher Reeves. “Ce n’est pas pour moi”. Ça aurait fait bizarre dans son CV, vous ne trouvez pas ?

29. Il a dit non à Apocalypse Now (le rôle du soldat tenu par Martin Sheen), par flemme de s’embarquer dans un tournage galère aux Philippines pendant quatre mois. Vu le making-of épique du film de Francis Ford Coppola, on ne peut pas lui donner entièrement tort.

30. Il a (aussi) refusé le rôle de Paul Newman dans La Tour infernale, selon le site spécialisé IMDB*.

31. Il avait dit oui pour incarner Harvey Dent “Double Face” dans la série kitschounette Batman, dans les années 1960, mais cette dernière a été annulée avant qu’il puisse enfiler ce costume*.

32Bien qu’au faîte de sa gloire et de sa jeunesse dans les années 60-70, Clint Eastwood n’a “jamais touché à la drogue”. “J’ai traversé ces deux décennies à la bière, s’amuse-t-il dans une interview au magazine GQ*. J’ai toujours pensé que la bière et deux-trois autres alcools étaient tout ce dont j’avais besoin.”

33. En 1972, il figurait parmi les invités* de la fête de victoire aux primaires de Richard Nixon, en compagnie de John Wayne ou Charlton Heston. Lors de la campagne présidentielle, l’acteur a été sollicité pour tourner un spot de soutien* au républicain. C’est le candidat pour lequel il s’est le plus investi.

34. Bien qu’ouvertement républicain, Clint Eastwood a refusé de soutenir la campagne de réélection de George Bush père en 1992* : “Je crois que ce que fait l’aile ultra-conservatrice des Républicains est totalement autodestructeur, absolument stupide.” Il a finalement voté pour un candidat indépendant, le milliardaire texan Ross Perot.

35. Plusieurs de ses répliques cultes ont été reprises par des présidents américains (tous républicains), relève CNN*. Ronald Reagan a menacé de veto le Congrès, qui envisageait de voter une hausse d’impôts, en empruntant à l’inspecteur Harry son “Go ahead. Make my day.” (en VF : “Vas-y, allez ! Fais-moi plaisir !”). Et George Bush père a piqué un “Read my lips” au même personnage, lors de sa campagne de 1988, là encore pour promettre qu’il n’y aurait pas de hausse d’impôts s’il était élu. 

36. En 2016,  il n’a pas fait d’entorse à son attachement au camp républicain. “Je ne pourrai que choisir [Donald] Trump, parce qu’elle [Hillary Clinton] a promis de poursuivre la politique d’Obama”, a-t-il dit des deux candidats*.

37. Le nom de sa société de production, Malpaso, signifie “mauvais pas” en espagnol. C’est le nom d’un canyon situé non loin de la ville de Carmel-by-the-Sea, dont il a été le maire dans les années 1980.

38. Clint Eastwood a certes été édile de cette petite commune californienne, mais il ne s’est jamais rêvé à exercer des fonctions plus élevées* en politique : “Il faut perdre son âme, embrouiller les gens, parler à des types dont on n’a rien à faire, dont on ne sera jamais proche. Lécher les bottes de la terre entière, c’est pas mon style.”

39. Son fameux monologue face à une chaise vide lors de la convention républicaine de 2012 lui a été inspiré par une chanson de Neil Diamond qui passait en coulisses. L’acteur a écrit son sketch, plutôt raté, en quelques minutes et le regrette amèrement. Un conseiller de Mitt Romney, le challenger malheureux de Barak Obama, en a même vomi*.

40. Ce discours a donné naissance à un meme, le “Eastwooding”, consistant à poster une photo de son doigt pointant une chaise vide.

41. Une marque de mobilier a cherché à surfer sur le buzz en baptisant deux de ses chaises “Clint” et “Eastwood”. L’acteur n’a guère goûté le procédé et a poursuivi leur concepteur. Le Hollywood Reporter* note qu’Humphrey Bogart avait vécu une mésaventure similaire, avec un canapé cette fois.

42. Pas toujours facile de bosser avec Clint Eastwood. Kevin Costner, trop lent à sortir de sa loge selon le réalisateur, s’en est rendu compte sur le tournage d’Un monde parfait. Eastwood a envoyé un figurant marcher à sa place dans un champ, en filmant la scène avec un effet flou pour que le manège passe inaperçu, rapporte IMDB*.

43. Le cinéaste a dû meubler pendant la cérémonie des Oscars 1973. Charlton Heston ayant crevé un pneu sur le chemin de la cérémonie, Eastwood s’est retrouvé à lire son texte face caméra (à 11 minutes sur la vidéo). “C’était bourré de références bibliques, forcément, c’était écrit pour un type qui joué Moïse [dans Les Dix Commandements de Cecil B. DeMille], a-t-il plaisanté dans un talk-show de l’époque*. Inutile de vous dire que c’était pas mon cas…” 

44. Quand Clint Eastwood fâché, lui toujours faire ainsi. Vexé que son fils Kyle n’ait pas décroché le premier rôle de Karaté Kid, l’acteur a banni tout placement produit pour Coca-Cola (alors lié à la Columbia Pictures, productrice du film d’arts martiaux) dans ses propres longs-métrages. Selon le livre Film and Television in-Jokes, Eastwood voyait rouge dès qu’une canette de soda de la même couleur apparaissait dans son champ de vision.

45. Il a dû démentir publiquement* être le fils caché de Stan Laurel (du duo Laurel et Hardy). Les deux acteurs partagent la même implantation capillaire caractéristique, mais la ressemblance s’arrête là.

46. Il a la réputation d’être un homme à femmes. Des rumeurs (et son biographe Patrick McGilligan) lui ont ainsi prêté une liaison avec Meryl Streep, pendant le tournage du mélodrame Sur la route de Madison. Ce que l’actrice a toujours nié : “C’est comme si vous me disiez que je ne sais pas jouer”.

47. D’ailleurs, la biographie très critique de Patrick McGilligan est sortie en 1999 au Royaume-Uni… et cinq ans plus tard aux Etats-Unis. Les éditeurs se refilaient la patate chaude par peur d’un procès, à cause de révélations sur la vie privée du cinéaste. Une nouvelle version (expurgée) a été publiée en 2015.

48. Clint Eastwood a été défié en duel* par l’écrivain français Romain Gary. Le double lauréat du Prix Goncourt a voulu venger son honneur bafoué après avoir appris que l’acteur avait séduit sa compagne, Jean Seberg, sur un tournage. Pourtant à l’aise face caméra avec un .357 Magnum, l’acteur s’est défilé.

49. Il n’y a pas que l’amour de l’art qui a fait courir Clint Eastwood. A la veille d’une audition pour le premier rôle du film Bus Stop (1956), avec Marilyn Monroe, le réalisateur l’a informé que le rôle avait été pourvu. “J’étais déçu (…) Tout ce que je voulais, c’était un rôle, un job. Et coucher avec Marilyn Monroe. C’était sans doute beaucoup demander, mais bon, cela peut se comprendre, j’étais jeune”, raconte-t-il au Monde

50. Invité du talk-show de David Letterman en 2009, il a déclaré avoir “au moins” sept enfants. Ils étaient finalement huit à l’avant-première de son film La Mule (2018) à Los Angeles : Morgan, Francesca, Kathryn, Scott, Alison, Kyle et Kimber Lynn, âgés de 22 à 54 ans, et Laurie, 64 ans. Cette dernière est une fille illégitime, dont l’acteur ignorait encore récemment l’existence et qu’il a reconnue.

Les huit enfants de Clint Eastwood (de gauche à droite) Kimber Lynn, Kyle, Francesca, Alison, Laurie, Kathryn, Scott et Morgan, le 11 décembre 2018, à Los Angeles (Etats-Unis). (ERIC CHARBONNEAU / REX / SHUTTERSTOCK / SIPA)

51. Il se rend tous les matins au bureau (un bungalow situé dans les locaux de la Warner Bros, à Hollywood) en hélicoptère. Pas très COP26.

52. Dans son bureau se trouve un piano droit et un poster en italien de Per un Pugno di Dollari, selon un journaliste de GQ* qui l’y a rencontré.

53. L’un de ses plus grands regrets, selon GQ : ne pas avoir tourné avec John Ford.

54. Regrets toujours, le légendaire compositeur de musiques de film Ennio Morricone a confié à la BBC* avoir dit “non” à Clint Eastwood “par respect pour Sergio Leone”. “J’ai raté une formidable opportunité, et je m’en veux encore.”

55. Derrière ce visage un rien minéral se cache un homme capable de petits gestes dans les grands moments. L’actrice anglaise Emma Thompson, couronnée d’un Oscar en 1993 en même temps que le réalisateur d’Impitoyable, se souvient pour le Hollywood Reporter* d’un petit mot qu’il a glissé à son oreille : “Et bien, on y est arrivés”. “J’ai répondu : ‘oooon’ ? J’étais bouleversée. C’était comme s’il venait de me décorer, de m’admettre dans son cercle.”

56. Il a trouvé le temps d’être un patron de pub à l’anglaise (avec les boiseries de rigueur). Avec deux amis, il a dirigé un bar à Carmel-by-the-Sea, entre 1972 et 1999. The Hog’s Breath (“l’haleine de porc” en VF) a depuis rouvert, mais avec une nouvelle direction.

57. Il n’a jamais, jamais, jamais joué un méchant*. “J’ai joué des personnages avec des aspects négatifs. Mais un méchant pur sucre, non.”

58. Il est connu pour ne faire qu’une seule prise par scène (ce qui lui permet de finir ses tournages dans les délais). “Il faut le supplier pour une deuxième prise, raconte Matt Damon, héros du film Invictus, à Esquire*. J’ai eu le malheur de le faire une fois, et il m’a rétorqué : ‘Pourquoi, pour faire perdre du temps à tout le monde ?’

Matt Damon, Clint Eastwood et Morgan Freeman à l'avant-première du film "Invictus", le 31 janvier 2010 à Londres (Royaume-Uni). (DAVE M. BENETT / GETTY IMAGES EUROPE / GETTY IMAGES)

59. A Hollywood, tous les films subissent des projections tests pour jauger la réaction du public, avant leur sortie en salle. Tous, sauf ceux de Clint Eastwood. Comme il l’a un jour raconté à un de ses scénaristes*, “si les producteurs sont intéressés par l’avis d’un employé d’épicerie de Reseda, qu’ils l’engagent pour faire le film”.

60. Le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont une place de parking à leur nom, et ceux qui creusent, pourrait-on dire en paraphrasant la réplique culte du Bon, la brute et le truand. En 1989, le cinéaste a embouti la voiture d’une productrice, coupable de lui avoir chipé sa place, avec son énorme pick-up. Procédurière, la victime a réclamé 100 000 dollars de dommages et intérêts, mais il s’en est sorti avec une facture de 960 dollars* chez le garagiste.

61. Il figurait en 2007 sur la liste des 100 meilleurs golfeurs d’Hollywood*, établie par la Southern California Golf Association, avec un handicap de 14,4 (mieux que Michael Douglas ou Will Smith).

Clint Eastwood joue au golf, le 5 février 2020, à Pebble Beach, en Californie (Etats-Unis). (MICHAEL REAVES / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

62. Les secrets de longévité de Clint Eastwood ? Soulever de la fonte tous les jours, du golf une fois par semaine et une alimentation équilibrée. Pas comme dans cette archive repérée par l’INA où on le voit dévorer sept hamburgers au déjeuner. Burp ! 

63. L’acteur a souvent dégainé à l’écran mais, dans la vie, il se défend d’être un fou de la gâchette. Pour autant, il ne remet pas en cause le port d’armes aux Etats-Unis. “Notre Constitution protège la liberté de culte et celle de porter une arme. (…) Je n’aime pas les armes, même si je comprends que l’on veuille en avoir une avec soi. Quand les choses dégénèrent, ça ne suffit pas de compter sur la police”, a-t-il estimé dans Vanity Fair.

64. OK Boomers. Un sondage Harris Interactive* de 2009 montre que Clint Eastwood, sacré cette année-là acteur le plus populaire aux Etats-Unis, rafle la mise surtout chez les hommes de plus de 45 ans, qui habitent les côtes est et ouest, et qui votent républicain.

65. Il n’est pas le dernier à rire des comédies potaches qui tachent. Pour preuve cette confession* faite à Jeff Daniels, star du film Dumb and Dumber : “La scène des toilettes [où le héros ingère involontairement un laxatif et se retrouve à ravager les W-C de la dame de ses pensées], ça m’est arrivé pour de vrai.”

66. Clint Eastwood et Spike Lee ne sont pas vraiment copains. En 2008, le second a accusé le premier de passer sous silence le rôle des soldats noirs dans ses films sur la bataille d’Iwo Jima, durant la Seconde Guerre mondiale. Réponse de l’intéressé* : “Il devrait la fermer”. “L’histoire est celle (…) de la célèbre photo des soldats soulevant drapeau, et ils [les Noirs] n’y étaient pas. Si je mettais un acteur afro-américain là, les gens diraient : ‘Ce mec a perdu la raison.’ 

67. Clint Eastwood et Michael Moore ne partiront pas non plus en vacances ensemble. Le réalisateur de Fahrenheit 9/11 a violemment critiqué American Sniper, affirmant que “les tireurs d’élite étaient des lâches, pas des héros”. “Il a probablement raison puisqu’on peut regarder ce film chacun d’une façon différente”, a réagi* Eastwood. Et d’ajouter sur le ton de l’humour : “Tout le monde n’a pas arrêté de dire que je voulais tuer Michael Moore. Ce n’est pas une si mauvaise idée”.

68. Histoire d’aggraver son pedigree guerrier, sachez qu’on avait pensé à Clint Eastwood* pour le rôle de John Rambo, bien avant que Sylvester Stallone s’impose pour ce rôle. 

69. Il a détenu les droits du livre qui a inspiré Piège de Cristal*, avec l’intention de s’offrir le rôle-titre, raconte un podcast spécialisé*.

70. Il a (également) refusé le rôle de K dans Men in Black, qui a finalement échu à Tommy Lee Jones, selon Première.

71. Il a donné son nom à une chanson du groupe Gorillaz en 2001, qui utilise un sample de la musique du film Il était une fois dans l’Ouest (où la vedette est… Charles Bronson). Mais Clint Eastwood, ça sonnait sans doute mieux.

72. Il a eu une marionnette à son effigie aux “Guignols de l’Info”, utilisée après la sortie de Gran Torino en 2009. Dans la mémoire collective, elle arrive loin derrière celle de “Monsieur Sylvestre”.

73. Il était le président du jury lorsque Quentin Tarantino a remporté la Palme d’Or à Cannes pour Pulp Fiction, mais la danse langoureuse et cocaïnée entre Uma Thurman et John Travolta l’a laissé de marbre*. “Les gens ont dit ‘oh, Clint Eastwood (…) a soutenu le film américain’. Mais je suis plus sensible aux films européens, c’est là d’où sont venus mes premiers succès. Je préférais nettement Vivre ! de Yimou Zhang… Ce sont les jurés européens qui ont poussé Pulp Fiction.”

74. Il a reçu le grade de chevalier de la Légion d’honneur des mains de Jacques Chirac, en 2007. N’allez pas croire que le petit bouton rouge prend la poussière dans un tiroir à Carmel-by-the-Sea. Comme il l’a expliqué à Libération en 2015, quelques jours après l’attentat contre Charlie Hebdo : “J’ai été très déçu de voir que notre président ne s’était pas déplacé à Paris. (…) Du coup, les jours qui ont suivi, je me suis promené avec mon petit badge rouge sur la poitrine, ma Légion d’honneur, en disant : ‘Ça, c’est pour la France.’

75. L’Inspecteur Harry le suivra toute sa vie. En 2011, le réalisateur a accepté d’être le président d’honneur du musée de la police, à Washington. 

76. Il pratique la méditation transcendantale depuis 45 ans. En 2013, il expliquait à GQ* : “Je crois que toute aide que vous arrivez à vous donner est bonne à prendre, que vous croyez en Bouddha ou en je-ne-sais-qui. J’étais agnostique, et je ne suis toujours pas quelqu’un qui rentre dans le cadre d’une religion organisée.”

77. Il a été le propriétaire du plus gros arbre des Etats-Unis*, finalement détrôné par un eucalyptus encore plus mastoc en 2002. 

78. Il souhaitait réaliser Anges et démons*, la suite du Da Vinci Code, mais Ron Howard était contractuellement obligé d’être derrière la caméra pour les deux volets. 

79. Son film American Sniper (2015) a été moqué à cause d’une scène où figure un nourrisson… en plastique. Selon The Hollywood Reporter*, le premier bébé prévu pour jouer ce rôle avait de la fièvre et le deuxième ne s’est jamais présenté. “Ce jour-là, j’ai dit à l’équipe : ‘Je vais vous faire économiser des effets spéciaux’. J’ai commencé à faire bouger la main du bébé avec mon doigt”, a raconté Bradley Cooper, l’acteur principal, à Ellen DeGeneres.

80. Fidèle au travail, il collabore souvent avec les mêmes personnes. Le monteur Joel Cox a ainsi participé à une trentaine de ses longs-métrages depuis 1975. “Une fois notre travail terminé [sur Josey Whales hors-la-loi], il m’a dit : ‘Je ne sais pas quels sont tes plans dans la vie, mais mon projet serait que tu travailles sur tous les films que je ferai.’, a confié le monteur au Monde.

81. Le cascadeur Buddy Van Horne a doublé Eastwood dans plus de 30 films. En 2011, il revenait dans The Independent* sur le lien indéfectible qui le liait à l’acteur, de trois ans son cadet : “Si Clint me demande de revenir sur un plateau, je le ferai sans hésiter. Et uniquement pour lui.”

82. Pendant près de 50 ans, Pierre Rissient a été son attaché de presse en France et l’un de ses plus proches amis. C’est grâce à lui que Clint a pris confiance en tant que réalisateur, “quand tout le monde [le] traitait d’imbécile de cowboy”, a-t-il confié au Point.

83. A en croire Tom Hanks*, rôle principal de Sully, “Clint Easwood traite les acteurs comme des chevaux”. “Quand il tournait la série Rawhide, les réalisateurs criaient ‘action’ et les chevaux se cabraient.” Depuis, le cinéaste préfère dire d’une voix douce “on y va” et “c’est bien comme ça” pour diriger le jeu. “Intimidant au possible !”, selon Tom Hanks.

84. Il a donné le coup d’envoi d’un sombre Lyon-Sochaux à Gerland, en 2009. L’acteur américain n’a pas porté chance aux Gones, battus 2-0.

85. Cécile de France a eu une belle frayeur sur le tournage d’Au-delà, lors d’une scène de noyade. “Clint Eastwood me demande de ne plus avoir de bulles du tout, donc il faut que j’expulse le maximum d’oxygène. C’était quand même assez profond, cela durait très longtemps et je me suis dit : ‘Ah, je vais peut-être mourir pour lui’, a-t-elle raconté à Konbini.

86. Il ne veut plus entendre parler de son âge, encore moins le fêter. “Parfois, je repense à quand j’étais enfant et que je passais du temps avec mon grand-père qui avait plus de 90 ans. Je me disais ‘Mon Dieu, qui voudrait vivre aussi longtemps ?’, a-t-il plaisanté sur le plateau d’Ellen DeGeneres*.

87. Interviewer la légende Clint Eastwood n’est pas donné à tout le monde, surtout la première fois, comme le raconte le critique Eric Libiot dans Paris-Normandie. “C”était un désastre. Mes questions étaient plates et ne m’attiraient que des réponses lapidaires. J’en suis revenu meurtri. Attention, Clint ne s’est pas montré désagréable. C’est quelqu’un de (…) très professionnel mais il peut être difficile à aborder.”

88. Eastwood ne joue pas seulement les héros à l’écran. Il a secouru un directeur de tournoi de golf californien qui avait avalé un morceau de fromage de travers, en 2014. “J’ai vu ce regard de panique que présentent les gens qui voient leur vie défiler devant leurs yeux”, a expliqué le cinéaste.

L'acteur-réalisateur Clint Eastwood sur le plateau de l'émission "Jimmy Kimmel Live!", le 5 février 2018, à Los Angeles (Etats-Unis). (RANDY HOLMES / DISNEY GENERAL ENTERTAINMENT CONTENT / GETTY IMAGES)

89. Contrairement à beaucoup de réalisateurs et d’acteurs, il refuse de mettre son réveil à 5h30 pour assister à l’annonce des nominations aux Oscars. Il raconte avoir dit aux organisateurs de la cérémonie de 1993* : “Laissez moi un message sur mon répondeur”.

90. Musicien (clarinette, piano), Clint Eastwood est un grand amateur de jazz. Son album préféré ? The Sidewinder, du trompettiste américain Lee Morgan. “C’était un sacré joueur, il avait des mélodies et improvisations intéressantes”, assure-t-il à  au site Parade*

91. L’heure de la retraite n’a pas encore sonné. Après Gran Torino, en 2008, Clint Eastwood confessait au Parisien qu’il ne pensait pas raccrocher. “En fait, je n’en sais rien. J’avais déjà déclaré ça après Million Dollar Baby [en 2005], et puis j’ai dit : allons-y ! S’il y a de bons rôles pour un acteur de mon âge, pourquoi pas !”. Depuis, il est apparu dans Une nouvelle chance (2012), La Mule (2018) et Cry Macho, qui sort mercredi. “Je suis toujours en train de réfléchir à mon prochain projet, confie-t-il à Parade*J’adore m’emparer de l’idée de quelqu’un, que ce soit un livre ou une pièce, et d’en faire un film.”

* Les liens marqués par des astérisques renvoient vers des contenus en anglais.

We wish to thank the author of this short article for this outstanding content

On vous dévoile 91 anecdotes que vous ignorez sans doute sur Clint Eastwood, à l’occasion de la sortie de son film “Cry Macho”